Née dans une famille juive, cette jeune femme s’est convertie au terme d’un itinéraire heurté et chaotique. Elle le raconte dans un livre très personnel, au ton lyrique et prenant.

Véronique Lévy est la discrétion même et pourtant sa conversion, il y a deux ans, avait fait du bruit. C’est son frère, le philosophe Bernard-Henri Lévy, qui l’avait révélée, disant à quel point cet événement l’avait affecté. Préparant alors une exposition à la galerie Maeght, en Provence, il cherchait un tableau représentant sainte Véronique essuyant le visage du Christ. « C’est à moment-là, expliquera-t-il à Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, que j’apprends que ma sœur, qui s’appelle Véronique, se convertit au christianisme… La foudre m’est tombée dessus ! » L’intéressée s’en explique.

 

 

 

 

Comment est né ce livre ?

 

Dès mon entrée en catéchuménat, j’ai commencé à écrire des textes devant le Saint-Sacrement. Et depuis mon baptême, j’ai eu des dialogues intérieurs avec Jésus, que je restitue dans ce livre. Un ami, François Dabezies, m’a conseillé d’écrire sur mon itinéraire. Après avoir hésité, je me suis immergée dans ce travail d’écriture qui est devenu une action de grâce, une louange, un cri d’amour au Seigneur. Je me suis souvenue de tous les moments où Il m’a rejointe. Pour moi, ce livre est une prière.

 

On a l’impression que votre rencontre avec Lui était programmée…

 

Oui, je me suis rendu compte, pendant mon catéchuménat, que tout se mettait en place : mon prénom, qui signifie « vraie icône » ; ma nounou qui s’appelait Incarnation et sa fille Marie Jésus ; ma découverte du voile de Manoppello ; et tous ces songes que je raconte. Tous ces éléments ne relevaient pas du hasard : le Seigneur avait semé des petits cailloux blancs. Il frappait à ma porte, et j’ai mis du temps à Lui répondre.

 

Vous racontez votre vie d’autrefois, assez chaotique. « Il faut pourtant ces écueils, ces nuits d’errance… », dites-vous.

 

Je ne regrette rien ! Je crois que c’est par ces blessures, ces plaies, ces failles d’un cœur brisé, que le Seigneur a pu me rejoindre pleinement, laisser couler sa parole en moi et me remplir complètement. C’est ainsi que mon « cœur de pierre » est devenu un « cœur de chair ».

 

Et pourtant, ce furent beaucoup de souffrances.

 

Oui, mais il n’y a pas de résurrection sans passion, pas de joie sans souffrance. Notre société est celle du moindre risque : on veut tout lisser, on a peur de la mort, de la souffrance, on veut se prémunir de tout. Or, comme la Belle au bois dormant qui se pique avec une aiguille alors qu’on avait tout fait pour que cela n’arrive pas, je crois que personne n’échappe à la croix, croyant ou pas. Soit c’est une souffrance fermée, soit c’est une souffrance ouverte. Les souffrances que j’ai vécues m’ont permis de découvrir la soif qui était en moi. C’est là que le Seigneur m’a rejointe.

 

Quelles rencontres ont jalonné votre chemin de conversion ?

 

Tout d’abord une enfant qui s’appelait Coralie, rencontrée en vacances alors que j’avais 3 ans : elle fut la première personne à me parler de Jésus. Comme une petite jardinière du Seigneur, elle a planté la graine de la Parole dans mon cœur d’enfant. J’ai laissé cette Parole entrer dans mon cœur, pleinement. Elle m’avait offert un crucifix, que j’ai gardé. Il y a aussi eu cet homme que j’ai beaucoup aimé et qui, un jour, m’a amenée à l’église Saint-Gervais à Paris. Puis il m’a quittée. La vie avait perdu ses couleurs, j’étais désespérée. J’allais à l’église tôt le matin. Je me blottissais derrière les moines et les moniales, et leurs chants me berçaient. J’entendais la parole de Dieu qui, très vite, a commencé à me reconstruire.

 

Et il y a eu le Père Pierre-Marie Delfieux, rencontré à Saint-Gervais, avec son regard bleu, pétillant, une joie et une jeunesse incroyables. Il m’a dit : « Tu as répondu à l’appel brûlant du Seigneur, Véronique de Jésus ». Cela m’a fait fondre en larmes. Quand il donnait la communion, à laquelle j’allais les bras croisés sur la poitrine, il me bénissait en m’appelant par mon prénom. Je me sentais revivre.

 

Vous évoquez beaucoup votre origine juive. Pensez-vous avoir rompu avec le judaïsme ?

 

Étant plus jeune, j’étais juive par mon nom, pas pratiquante, mais mon cœur était déjà tourné vers le Christ. Quand mon père est mort, le rabbin a récité le Psaume 139 : « Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, la nuit brille comme le jour, et les ténèbres comme la lumière. C’est Toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je Te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, et mon âme le reconnaît bien ». Ce Psaume m’a irradiée d’une forme de paix et de douceur.

 

J’avais toujours entendu dire que le Dieu de l’Ancien Testament était jaloux, violent, alors que Jésus était tout amour. En écoutant les Psaumes, au catéchuménat, je me suis rendu compte qu’il était sans cesse question d’amour et de miséricorde dans l’Ancien Testament. Le christianisme m’a fait reprendre contact avec le judaïsme. J’ai compris que le christianisme est non seulement l’accomplissement du judaïsme, mais qu’il en est le joyau, l’essence même, le cœur ! Jésus ne fait que révéler le vrai visage du Père. Un chrétien est un juif accompli ! Donc, non, aucune contradiction, aucune rupture entre les deux.

 

Comment votre famille a-t-elle réagi ?

 

 

Il y a trois ans, j’ai téléphoné à mon frère aîné [Bernard-Henri Lévy], pour l’inviter à mon baptême. « Tu plaisantes ? », m’a-t-il répondu après un long silence. Réponse : « Non, pas du tout ». « Tu vas revenir au judaïsme ? », puis : « Tu vas être Sœur ? » Je lui ai répondu : « Pourquoi pas, si Dieu m’en donne la force… » Il a tout de même accepté de venir à la cérémonie, à Notre-Dame. Quand j’ai baissé la tête pour recevoir l’eau, j’ai ouvert les yeux et vu son visage, à quelques mètres. Il était sidéré, fasciné. Quant à moi, il aurait pu y avoir un tremblement de terre, je ne m’en serais pas rendu compte. C’était magnifique ! Le plus beau jour de ma vie. 

FAMILLE CHRETIENNE | 11/03/2015 | Numéro 1939 | Charles-Henri d’Andigné