Pensez toujours à vous-même, et ne censurez point les actions d’autrui. En jugeant les autres, l’homme se fatigue vainement ; il se trompe souvent et tombe en beaucoup de fautes : au contraire, en s’examinant lui-même, il s’occupe d’une manière utile et fructueuse. Nous jugeons des choses selon la disposition de notre cœur : l’amour-propre nous éblouit et nous empêche de bien juger. Si Dieu était l’objet de tous nos désirs, nous ne nous troublerions pas comme nous le faisons à la moindre résistance.
Mais il y a souvent au dedans de nous ou au dehors, quelque attache secrète, ou quelque inclination vicieuse qui nous aveugle. Plusieurs, sans s’en apercevoir, arrivent à se rechercher eux-mêmes dans tout ce qu’il faut. Ils paraissent tranquilles quand les choses réussissent selon leurs souhaits ; mais ils font paraître du chagrin et de la tristesse, quand quelque chose les contrarie. La diversité des sentiments cause pour l’ordinaire de grands dissentiments entre les amis et les concitoyens, et même entre les religieux et les personnes pieuses.