Pourquoi ce déploiement ?

 

En instituant les sacrements, Notre-Seigneur n’a pas déterminé dans le détail les rites avec lesquels ils doivent être administrés. Il a laissé à la sainte Eglise, mue en cela par l’Esprit saint le soin de déterminer la façon pratique de Le prier et de L’adorer. A travers les siècles, le Saint Esprit a inspiré les apôtres et assisté leurs successeurs dans l’Eglise, pour que soient menés à bien l’explicitation du dépôt révélé par le développement dogmatique et le perfectionnement du culte par le déploiement liturgique.
Pour l’accomplissement d’un culte en esprit et en vérité et pour exprimer au mieux ses sentiments les plus délicats, l’Eglise, qui est l’épouse du Christ, n’a pas cessé au cours des siècles d’enrichir sa prière et de perfectionner l’expression de son adoration.

En sortant des catacombes avec Constantin, la liturgie s’est déployée avec solennité. Les ministres autour de l’autel se sont multipliés, comme un signe visible de la constitution hiérarchique de l’Eglise.Il semble bien spécialement à partir de Saint Grégoire le Grand qu’elle rendit au culte divin un certain nombre de rites de la cour impériale, héritée du culte païen antérieur au christianisme. Le déploiement d’une messe pontificale est la résultante d’une longue évolution de la liturgie. Ses rites évoquent une étiquette qui semble si compliquée au coup d’œil hâtif. Ils sont pourtant le fruit de vingt siècles de piété et orientent vers la liturgie céleste, dont l’apocalypse de Saint Jean décrit avec une amoureuse minutie la dimension d’adoration, de prière, de louange autour de l’autel glorieux de l’Agneau immolé.

Telle est la nature de l’homme qu’elle ne peut facilement s’élever à la méditation des réalités divines sans des secours extérieurs. C’est pourquoi l’Eglise, comme une bonne mère, a institué certains rites dans la messe — comme de prononcer à la messe des choses à voix basse et d’autres d’un ton plus haut —, et a introduit des cérémonies comme les bénédictions mystiques, les lumières, les encensements, les ornements et autres choses semblables, suivant l’autorité et la tradition apostolique.

Ainsi serait mise en valeur la majesté d’un si grand sacrifice et les esprits des fidèles seraient stimulés par le moyen de ces signes visibles de religion et de piété à la contemplation des réalités invisibles.
Concile de Trente, Session XXII

Il appartient en propre à la liturgie d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervent dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. mais de sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action, à la contemplation ; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons…
Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle ; avec toute l’armée de la milice céleste, nous chantons au seigneur l’hymne de gloire.

Concile Vatican II, Sacrosanctum concilium