Vous venez de découvrir pour la première fois, ou vous avez découvert depuis peu, la messe dite traditionnelle, que l'on nomme aussi messe de saint Pie V ou messe classique. Vous vous posez peut-être certaines questions à son sujet. Cette liturgie n'est pas celle qui est le plus communément utilisée, l'impression que vous en ressentez de prime abord est souvent un mélange d'attrait et d'inquiétude. Ce petit opuscule voudrait répondre à vos questions, dans le but de vous éclairer et de vous aider à apprécier en meilleure connaissance de cause cette grande liturgie qui aide en retour à goûter les saints mystères dans la forme plus simple qu'ils revêtent dans la liturgie rénovée par le dernier Concile.

Qu'est donc le mystère de cette messe dite traditionnelle ? Pourquoi certaines communautés l'ont adoptée de préférence à la messe habituelle ? Est-elle autorisée par l'Eglise ? Puis sur d'autres registres : Pourquoi le latin ? Pourquoi le prêtre tourne-t-il le dos aux fidèles ? Pourquoi toutes ces cérémonies complexes ? La liste un peu hétéroclite pourrait être allongée. Elle correspond à ce qui s'entend au sortir d'une de ces messes ou dans l'atmosphère où l'on débat à son sujet. Ces quelques articles essayent d'y répondre...
 
 

Un Pèlerin : Mon Père, qu'est-ce que la messe ?

Le Père : Le catéchisme en donne la définition suivante : "La sainte messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, offert sur nos autels sons les espèces du pain et du vin, en mémoire du sacrifice de la Croix".

Le Pèlerin : Mais quelle est l'utilité de ce sacrifice ?

Le Père : C'est une bien longue histoire : celle de l'homme, créature libre et intelligente, qui, par le péché se rebelle contre son créateur. Comme Dieu est parfait, le plus petit péché, du plus saint des hommes, lui apparaît comme un mal infini.

Le Pèlerin : C'est pour cela que, pour réparer un mal infini, il faut un acte, lui-même parfait et infini ?

Le Père : En effet voici pourquoi Jésus-Christ, Dieu fait homme, a voulu nous racheter par un sacrifice parfait, celui de la Croix.

Le Pèlerin : Mais qui obligeait Dieu à effectuer cet acte ?

Le Père : Mais personne ! Il s'agit d'un acte parfaitement gratuit émanant d'une personne infiniment aimante !

Le Pèlerin : Parlez-moi maintenant de la liturgie de la messe. Elle ressemble si peu au repas de la Cène.

Le Père : Au début en effet, les tous premiers chrétiens se sont assemblés à la fin d'un repas pour la messe. Puis, des abus eurent lieu et les chefs de l'Église (dont saint Paul), durent réglementer la messe pour lui garder sa piété et le respect dû à Dieu. Ainsi, dès le IIIème siècle, la liturgie que nous connaissons était définie.

Le Pèlerin : Pourquoi dit-on la messe en latin ?

Le Père : Le latin ? Mais c'est notre langue maternelle, tout simplement. L'Église romaine est notre mère, elle veut rassembler tous ses enfants dans l'unité d'une même langue, quelle que soit leur nationalité. Il y a ici des chrétiens dans tous les continents. Le latin est le signe de notre unité. C'est ainsi depuis de nombreux siècles, et cela a été encore rappelé au Concile Vatican II (Constitution sur la liturgie).

Le Pèlerin : Mais qui comprend le latin aujourd'hui ?

Le Père : Eh bien... Dieu, tout d'abord ! N'est-ce pas l'essentiel, puisque c'est à lui que l'on s'adresse? Et pour vous, dans les missels de camp, vous avez la traduction de toutes les prières de la messe. Le latin a par ailleurs de nombreux avantages : une langue différente de nos langues, consacrée par un usage plus que millénaire, n'est-ce pas un langage sacré, plus apte à célébrer le culte divin qu'une langue banalisée par l'usage courant ?

Le Pèlerin : J'ai remarqué aussi que le prêtre nous tourne le dos, à l'autel. Quelle en est la raison ?

Le Père : C'est tout simple... et très beau : dès les origines, les chrétiens se sont tournés vers l'Orient pour prier. Ils ont vu, en effet, dans le soleil levant, le symbole du Christ ressuscité, et de son retour à la fin des temps. On a donc tout naturellement construit les églises de telle manière que les fidèles et le prêtre à l'autel soient tournés vers l'Orient. De cette manière, nous sommes tous tournés vers Dieu.

Le Pèlerin : Et pourquoi communie-t-on à genoux ?

Le Père : Par la communion, nous recevons Dieu en nous. Un Être immense, que l'univers ne saurait contenir, plus grand que tous les rois, créateur des galaxies et de l'infiniment petit ! N'est-ce-pas la moindre des choses de lui marquer un peu de respect ? C'est aussi pourquoi seul le prêtre, dont les mains ont été consacrées, a le droit de Le toucher de ses mains.

Le Pèlerin : Comment suivre la messe dans un missel ?

Le Père : Un missel est composé de trois grandes parties :

● Le Temporal : ce sont les textes propres aux dimanches et jours de fêtes.

● Le Sanctoral : ce sont les textes propres aux autres jours de l'année, chaque jour étant dédié à un saint.

● Le Commun : Ce sont les textes communs à toutes les messes. Le Kyriale (Kyrie, Gloria, Sanctus. Agnus Dei) et d'autres textes (Credo, Pater et, bien sûr, le Canon). Pour suivre la messe dans son missel, il faut donc suivre le commun, puis sauter aux textes du jour lorsqu'il y a lieu (Epitre, Evangile, Offertoire...). C'est un exercice un peu compliqué au début, mais on prend vite l'habitude !

Le Pèlerin : Je sens qu'il me reste beaucoup de rites à découvrir, beaucoup de mystères à approfondir, beaucoup de textes à méditer. Par quoi commencer ?

Le Père : Eh bien, vivez au rythme de l'Église : allez à la messe chaque dimanche, mais aussi parfois en semaine pour apprécier la liturgie de chaque jour. Ménagez-vous des instants de silence et de recueillement pour lire votre missel, votre catéchisme. Oui ! Aimez vivre au rythme de Dieu et de sa belle liturgie traditionnelle !

 

La référence liturgique des cérémonies de la messe est le Missel romain, surtout les Rubricæ generales Missalis (rubriques générales du Missel) et le Ritus servandus in celebratione Missæ (rite à suivre dans la célébration de la messe), avec, après 1911, les changements introduits par la bulle Divino afflatu du pape Pie X et présentés dans le Missel sous le titre Additiones et Variationes in Rubricis Missalis, auxquels on peut ajouter les modifications du pape Jean XXIII de l’an 1962.

Historiquement, dans le développement de la liturgie au début du Moyen Âge, la messe pontificale (messe solennelle dite par un évêque) est à l’origine des autres formes (messe en présence pontificale, messe solennelle avec diacre et sous-diacre, messe chantée avec encens, messe chantée sans encens, messe parlée, messe basse) qui furent plus ou moins normalisées au cours du temps. À son tour la messe basse a influencé les autres formes, par exemple en imposant au prêtre de réciter à voix basse les chants de la chorale et aussi l’épître pendant que la chantait le sous-diacre dans la messe solennelle.

La messe, quand elle est chantée, fait intervenir un certain nombre d’acteurs qui vont tous, à des degrés différents, avoir un rôle dans l’action liturgique.

  • Le prêtre est l’acteur majeur et indispensable : il agit « in persona Christi » pour l’offrande du sacrifice propitiatoire qui renouvelle l’unique sacrifice.
  • Les servants de messe assurent le « service du chœur ». Le cérémoniaire assiste et guide le prêtre dans le déroulement des rites (il remplace le prêtre assistant du rituel pontifical). Les acolytes, au nombre de deux, sont les porte-lumières (ils remplacent les acolytes ordonnés du rituel pontifical). Le thuriféraire porte l’encensoir et l’encens. Le porte-croix (sous-diacre dans le rituel pontifical) mène les processions d’entrée et de sortie. D’autres services existent mais ne servent qu’à amplifier la pompe du rite : porte-navette (adjoint au thuriféraire), céroféraire (porte-cierge), etc.
  • La chorale a la charge de chanter le « propre » de la messe, et soutenir le chant de l’assistance. Selon l’adage « chanter, c’est prier deux fois » , elle se doit d’assurer une liturgie fervente. « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine »
  • L’assistance (ou la foule, ou le peuple) participe par sa prière, par sa tenue, éventuellement par son chant, des parties communes de la messe. Traditionnellement en théologie catholique, toutes les parties de l’Église assistent à la messe : l’église militante (les baptisés vivants), l’église souffrante (les âmes du purgatoire) et l’église triomphante (les saints). Cependant, jusqu’à la réforme liturgique consécutive à Vatican II, l’assistance n’était jamais mentionnée dans les rubriques, et jouait un rôle presque exclusivement passif, d'assistance à la cérémonie. C’est pour réaffirmer le rôle propre de l’assistance que le Concile de Vatican II a demandé qu’elle ait une participation « actuosa », un rôle dans l’action d’ensemble.

La messe commence par l’entrée du clergé en procession : l’encens représente la prière qui monte vers Dieu, la croix est encadrée par les acolytes et, derrière eux, par le cérémoniaire qui guide le prêtre. En entrant dans le chœur, chacun fait le geste d’adoration défini (soit génuflexion, soit inclination profonde). Le prêtre se place alors au pied des marches de l’autel avec le cérémoniaire, pendant que les servants de messe gagnent leurs places. Les fidèles et la chorale assistent à cette procession debout, généralement en chantant un « chant d’entrée » (souvent en langue vernaculaire). Le dimanche, à la grand-messe, a lieu le rite de l’aspersion, on chante l'antienne Asperges me, remplacé de Pâques à la Trinité par l'antienne Vidi aquam.

Cette première partie de la messe tient son nom des premiers temps du christianisme : cette partie, très didactique, avec lectures et prédication, a comme but principal l’instruction et l’édification des fidèles. Les préparants au baptême (encore non-membres de la communauté) étaient conviés à cette partie qui s’adressait particulièrement à eux.

Dans la messe solennelle ou grand-messe, pendant que la chorale chante l'introit et le kyrie (en grec), le prêtre dit à voix basse (avec le diacre et le sous-diacre) les prières au bas de l’autel, puis monte à l’autel, le baise en disant d’autres prières, et lit, toujours à voix basse, l’introit et le Kyrie. Le Kyrie s'adresse aux trois personnes de la sainte Trinité. Puis le prêtre entonne le Gloria repris en alternance par la chorale. Cette hymne était dans les premiers siècles chantée à la seule fête de Noël. Le Gloria fut ensuite chanté toutes les messes de fêtes. C'est une hymne de gloire en l'honneur des trois Personnes divines montrant les quatre finalités de la messe : l'adoration, l'action de grâces, la propitiation (ou réconciliation par le pardon des péchés) et la supplication (demande de bienfaits). Le Gloria n'est pas d'usage notamment aux temps de pénitence que sont l'Avent et le Carême, ainsi que lorsque les ornements sacerdotaux sont noirs ou violets.

Offertoire

Dans les premiers temps de l’Église, le diacre faisait se retirer les catéchumènes et les pénitents. Dans le rite byzantin, il subsiste une formule de renvoi des catéchumènes. Il ne restait que les « fidèles » : c’est de ce fait que cette partie de la messe tient son nom.

L’offertoire commence. Le prêtre offre à Dieu le pain, en le priant d’accepter « cette hostie sans tache » pour ses péchés personnels, pour ceux qui sont présents et pour tous les chrétiens fidèles ; puis le vin, en l’appelant « calice de salut ».

La messe, c'est l'œuvre de la Rédemption qui s'accomplit et se répand. Le sacrifice de la Croix est rendu présent par la messe. Elle est la grande action du Christ qui assume tout l'agir humain du chrétien. Mémoire (c'est à dire concentré) de toutes les merveilles de Dieu, comme dit un psaume, la messe rend présente et efficace l'histoire du salut dans la vie des hommes de tous les temps et tous les lieux. Toute la vie chrétienne découle de la messe ou s'oriente vers elle. La messe prolonge l'effusion d'amour que Jésus-Christ a méritée par sa mort le vendredi saint. Assister à la messe, c'est se tenir au pied de la croix, c'est s'unir à l'offrande que Jésus-Christ, toujours vivant, fait à son Père pour nous. C'est pourquoi la messe doit être au cœur de la vie de chaque chrétien.

Non, avant d'être une simple réunion, la messe est d'abord le sacrifice offert par Jésus-Christ pour notre salut. C'est le renouvellement du sacrifice unique de la Croix, rendu présent sur nos autels. C'est un événement actuel, et pas un simple souvenir, une réalité qui touche notre temps pour le rendre contemporain du mystère de la croix. C'est un acte qui se déroule, de façon mystérieuse mais très réelle, sous nos yeux, et c'est cet événement qui nous rassemble et nous unit.

Notre Seigneur Jésus-Christ nous a dit que son Père recherche des adorateurs qui L'adorent en esprit et en vérité. Il semblerait donc vrai que la prière dans le secret du cœur soit suffisante pour acquitter les devoirs religieux de l'homme envers Dieu. Sans s'opposer ni exclure cet aspect essentiel et nécessaire, de la prière, la sainte Eglise a toujours voulu honorer Dieu d'un culte public et visible.
La foi de l'Eglise enseigne que Jésus est présent dans la messe, réellement et substantiellement présent. Cette foi découle de notre foi en la toute-puissance de Dieu. En effet, dit saint Ambroise, la parole du Christ qui a pu faire de rien ce qui n'existait pas ne pourrait donc changer les choses existantes en ce qu'elles n'étaient pas encore ? Car ce n'est pas moins de donner aux choses leur nature première que de la leur changer. La parole du Christ, qui transforme le pain en son corps, est cette même parole par qui tout a été fait. La croyance en la présence réelle dépend donc de notre croyance en Dieu créateur et maître de tout. Croyance si opposée à la mentalité moderne, que l'on conçoit la faiblesse de la foi des chrétiens en la présence réelle.

Cette obligation d'assister à la messe tous les dimanches et jours de fêtes est une obligation d'amour envers Dieu, qui se donne à nous. C'est une réponse joyeuse et non un fardeau pesant. C'est le meilleur moyen de sanctifier le jour du Seigneur, on ne peut rien lui offrir de plus grand ; c'est en outre le meilleur moyen de vivre soi-même de l'amour du Christ et d'intercéder pour les âmes. A des faucheurs cathares qui travaillaient un jour d'obligation, saint Dominique cria : Ne gaspillez pas le sang du Rédempteur ! Et, aussitôt, de chaque gerbe se mit à couler du sang. Les faucheurs allèrent trouver Dominique et se convertirent à la vraie foi. Nous voudrions crier aux hommes d'aujourd'hui, qui s'estiment autosuffisants et pouvant se passer de la messe : Ne gaspillez pas le sang du Rédempteur ! Un fait analogue eut lieu à l'Osier en Dauphiné sous Louis XIV : un huguenot voulut tailler son arbre le jour de l'annonciation (25 Mars), fête chômée alors. Notre Dame lui apparut pour le réprimander et l'engager à se convertir avant sa mort qui ne tarda pas.

Il ne s'agit pas, bien sûr, d'en rester à une forme de messe du XVIe siècle. Dans sa substance, ce rite est beaucoup plus ancien. Un siècle avant, le premier missel imprimé (pour l'usage de la curie romaine) avait paru avec l'invention de l'imprimerie, en 1474.
De nombreuses éditions lui ont succédé depuis après celle de saint Pie V, en 1570, comportant à chaque fois de légères mises à jour (preuve que la liturgie traditionnelle est restée vivante) : messes des saints nouvellement canonisés, modifications de détails dans le rite de la messe (manière de faire les inclinations, nombre d'oraisons à dire à chaque messe, jours où il faut dire le Gloria ou le Credo...), adaptation aux nouvelles situations de certains pays (les prières pour le roi ou pour l'empereur ont cédé la place aux prières pour les pouvoirs publics).
En ce qui concerne l'œuvre de saint Pie V lui-même, ce fut une œuvre d'unification qui reprit le missel en usage à Rome et l'étendit à toute l'Eglise latine pour supprimer les usages locaux plus ou moins douteux qui s'étaient multipliés à la fin du Moyen-Age.

Si, bien sûr. Mais il faut se rappeler que le rite de l'Eucharistie a été institué par Jésus lui-même, au temps de la fin de sa vie terrestre. Pour l'essentiel, il est donc d'institution divine. D'autres éléments peuvent être d'institution apostolique, et leur origine se perd dans la nuit des temps, comme c'est le cas pour les prières du canon. D'autres éléments sont dus à l'inspiration de saints pontifes, ou même à l'ancienne prière nationale de Rome. Ces éléments ont été transmis au cours des siècles. L'Esprit saint a fait son œuvre : une Providence toute spéciale garantit la prière publique de l'Eglise contre toute corruption ; sous cette protection, les éléments sanctificateurs ont perduré, les autres, moins parfaits, ont disparu au fur et à mesure.

A la messe, il ne s'agit pas de faire œuvre de création mais de suivre le Christ dans son sacrifice. La continuité des rites permet à chaque fidèle de savoir avec certitude que le sacrifice du Christ s'accomplit sous ses yeux, quel que soit le prêtre qui officie, quel que soit le pays dans lequel il se trouve. Le prêtre s'efface devant l'action du Christ lui-même. La messe n'est donc pas seulement une prière personnelle, elle est LA prière officielle de l'Eglise, instituée et voulue par Jésus-Christ lui-même. On comprend que ce trésor ne puisse être modifié au gré des modes. Chacune des prières de la messe est l'aboutissement de longs siècles de dévotion et de louange, façonnée avec prudence par la foi de l'Eglise. Chaque mot, chaque geste exprime, réalise ou symbolise des vérités sacrées. C'est véritablement l'Esprit saint qui a composé la messe. Les fidèles peuvent avoir leur part, soit d'une manière limitée par les chants, l'art sacré, la décoration, soit dans d'autres formes de prières plus libres en dehors des prières liturgiques de l'Eglise. Toute réunion non liturgique de chrétiens peut être l'occasion d'exprimer sa foi et sa joie sous des formes très diverses.

1er siècle
Le soir du jeudi saint, Notre-Seigneur donne à ses apôtres les paroles mêmes de la consécration ainsi que la forme littéraire de la prière eucharistique empruntée à l'euchologie juive.

2e siècle
Composition du Gloria in excelsis, non encore utilisé dans la messe. A Rome, la préface fait corps avec les prières consécratoires. Le pape Clément mentionne le Sanctus, qui sera introduit dans la messe par son successeur. Il est chanté dans toutes les liturgies. Des formules, semblables au Qui Pridie, introduisent toutes les prières consécratoires.

En tout sujet d'importance — et c'est bien ici le cas — il importe de fonder ses affirmations sur des arguments et des preuves les mieux vérifiées possible. Les moyens de savoir précisément comment les apôtres célébraient les saints mystères sont extrêmement rares. Le canevas de la messe est et reste apostolique dans sa source ainsi que la substance des prières qui en forment le cœur, même si, pendant deux siècles le célébrant était laissé libre d'en donner une version plus ou moins personnalisée, quoique se moulant fidèlement dans la tradition apostolique, c'est à dire dans les limites de schémas respectant les gestes du Seigneur et les traditions de telle ou telle Eglise. D'autres circonstances ont pu jouer, soit dramatiques (persécutions), soit ce que les Pères ont nommé la discipline de l'arcane, à savoir le secret dans la transmission des rites sacrés auxquels le catéchumène n'était initié que graduellement.

La célébration de la sainte messe se déroule suivant un plan bien précis et nullement arbitraire.
La messe, dans la structure même de ses rites, comprend deux parties :
une partie fixe, l'ordinaire de la messe, qui est la même à toutes les messes ;
une partie variable, le propre de la messe, qui change à chaque messe.

Le Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes, a fait de son peuple, l'Eglise, un peuple sacerdotal. Les fidèles exercent ce sacerdoce, commun ou baptismal, à travers leur participation à la mission du Christ et par le déploiement de leur vie de foi, d'espérance et de charité, chacun selon sa vocation propre.
Le sacerdoce ministériel des évêques et des prêtres diffère fondamentalement du sacerdoce commun des fidèles. Il est le résultat d'un appel spécial de Dieu, il est un des moyens par lequel le Christ ne cesse de construire son Eglise. Sans rien enlever de la nature humaine du prêtre, le Christ lui confère un pouvoir sacré, qui n'est autre que celui du Christ lui-même. Le prêtre est le représentant du Christ parmi les hommes, l'instrument qui permet à la grâce de se répandre par la distribution des sacrements. Il est au service du Christ et des hommes.

Il ne s'agit pas du tout d'amoindrir leur rôle. Chacun a sa place, mais elle est différente. Il serait vain de penser que tous puissent et doivent tenir tous les rôles, ou toutes les responsabilités à la fois. Etre prêtre est une vocation toute spéciale, un appel de Dieu qui est très exigeant. Ce n'est que par l'ordination sacerdotale que l'on reçoit le pouvoir d'offrir le sacrifice de la messe, et personne, sans ce pouvoir, ne peut tenir la place du prêtre. De façon paradoxale, mais très profonde, dans la messe la personnalité du prêtre s'efface devant celle du Christ qui agit : son ministre est là in Persona Christi, on ne saurait imaginer une désapropriation plus radicale. Les fidèles, à leur place, s'unissent au sacrifice en s'offrant eux-mêmes comme victimes, imitant ainsi Jésus-Christ et purifiant leur âme. Ils accompagnent le prêtre dans son acte d'offrande et participent intérieurement par leur propre prière au sacrifice du Christ.

Les fidèles sont appelés à une participation pleine, consciente et active (Vatican II) au mystère liturgique. Mais cette participation ne se mesure pas à l'activité extérieure de chaque fidèle, à ses déplacements ou à la force de son chant. Si l'on chante faux, il conviendra de ne pas chanter fort ; cela n'empêchera pas pour autant une participation réelle et profonde à la messe !
La participation à la messe doit être conforme au mystère de la messe, renouvellement et actualisation du sacrifice de la Croix. Cette participation sera donc d'abord pieuse et intérieure (Vatican II). Elle consistera à offrir nos prières et notre vie en union avec le sacrifice du Christ. Notre participation sera alors en proportion de notre foi dans le mystère renouvelé sur l'autel, comme de notre espérance du salut communiqué par le Christ, et aussi de notre amour de Jésus qui se donne à nous dans la communion.

Il y a de larges portions de silence dans cette messe, n'est-ce pas un obstacle à la participation des fidèles ?
Ce n'est pas toute la messe qui est célébrée en silence ! Le silence est gradué de façon très pédagogique. Le silence de l'offertoire (les fidèles sont assis) mène à celui du canon (debout et à genoux) et enfin à celui de la communion (à genoux). Il caractérise ainsi la deuxième partie de la messe qui contient le mystère le plus sacré : le sacrifice de la Croix rendu présent sur l'autel. Le silence est alors le meilleur moyen qui favorise une participation vraiment profonde, personnelle et intérieure, au mystère de l'autel.

Le silence est en même temps l'expression la plus belle de notre adoration envers le Dieu qui descend sur nos autels. Et la joie est présente aussi et s'exprime normalement dans les chants. Les magnifiques mélodies grégoriennes, le long ruban des Alléluia font entrer en grand dans la joie ! Il est vrai que cette joie garde une certaine retenue. Elle ne provient pas d'abord d'une émotion de la sensibilité, mais de la foi : elle est de nature spirituelle. C'est en particulier la richesse du grégorien que de favoriser et d'exprimer cette joie spirituelle qui nous met dans un climat d'intériorité permettant l'attention à la présence de Dieu.

Doit-on sentir à la messe de la chaleur humaine ? La messe n'est pas une simple réunion entre amis, elle est d'abord un culte rendu à Dieu. Chaque fidèle, comme on l'a déjà dit, est tourné vers le Seigneur et vers ce qu'Il accomplit par son ministre. Cependant il ne fait pas cette démarche tout seul. C'est comme membre d'une communauté chrétienne rassemblée pour la messe qu'il l'accomplit ; aussi, un des fruits de la messe est-il de renforcer cette communion entre les fidèles.

 

Le latin qui est une langue fixée (et non une langue morte) est comme la langue maternelle de tous les fidèles de l'Eglise d'Occident. Il vaut mieux éviter de dire du latin qu'il est une langue sacrée comme l'entendaient les païens, c'est-à-dire une langue énigmatique, inaccessible par principe au profane. D'ailleurs, l'Eglise encourage les fidèles à connaître le latin liturgique, ne serait-ce que de façon rudimentaire : répondre au Dominus vobiscum ou à per omnia sæcula sæculorum ne demande pas des études très poussées. Le missel permet pour le reste de suivre avec la traduction l'ensemble des prières de la liturgie.

Le chant grégorien fait référence à un Pape, St Grégoire le Grand, qui gouverna l”Eglise à la frontière entre les VIe et VIIe siècles (de 590 à 604) : ces quelques années de pontificat furent extrêmement fécondes à divers points de vue, spécialement pour tout ce qui concerne la liturgie.
On donne plus précisément le nom de grégorien à un répertoire contenu dans un recueil du VIIe siècle, l'Antiphonaire grégorien. Mais les premiers manuscrits comportant des signes musicaux explicites ne datent, eux, que du IXe siècle (donc, près de trois siècles après le Pape Grégoire le Grand).

Musicalement parlant, le grégorien est un chant monodique, c'est à dire que les chanteurs y chantent tous la même mélodie, n'usant en outre que de la gamme naturelle (jamais tempérée par des dièses ou des bémols ; seul le si bémol est toléré). L'outillage musical du grégorien est donc extrêmement simple, fruste même, si on le compare à ce qu'est devenue la musique de nos jours. L'oreille moderne habituée à la gamme tempérée, aux accords et à l'harmonisation de diverses voix ou instruments est invitée se purifier et s'élever par cette simplicité même du grégorien qui en fait une réalité sonore assez originale. Avec le grégorien on entre dans un univers musical qui semble, pour une oreille moderne, un peu exotique, inédit, partageant pourtant ces particularités avec la plupart des répertoires antiques. Il faut reconnaître dans ces critères ceux-là mêmes de la liturgie en général.

On a l'impression que chaque geste est codifié. Ils sont multiples (génuflexions, signes de croix). L'attitude intérieure n'est-elle pas plus authentique ?
Certes, l'union à Dieu par la vie de prière intime, personnelle et silencieuse, est essentielle à notre vie chrétienne. Le Seigneur Jésus a condamné la piété hypocrite du pharisien qui cherche à se faire valoir et cela reste toujours vrai : la vanité est particulièrement méséante dans le sanctuaire. Cela n'a pas empêché le Seigneur de bien user lui-même des gestes de la liturgie juive : montée à Jérusalem aux grandes fêtes, élever les yeux, se laver les mains (et même les pieds) avant la Pâque etc…
On doit tenir d'abord que le chrétien est indissociablement, comme tout homme sur cette terre, âme et corps, et le corps prend tout naturellement part à la prière. La sainte Ecriture nous apprend souvent à ne pas dissocier l'âme et le corps.
Dieu nous a créés et nous sauve âme et corps. Le corps, destiné à la résurrection, est ici-bas le temple du Saint-Esprit par le baptême ; il est en contact physique avec le corps du Christ dans l'Eucharistie, et les sacrements sont accomplis sur lui pour sanctifier l'âme. Dans le Sacrement des malades ou Extrême Onction, par exemple, l'huile sainte coule sur les diverses parties du corps, pour souligner que tout dans le corps est intéressé à l'œuvre de notre salut.
Tout sentiment humain authentique s'exprime spontanément par l'attitude ou le geste. Et, en retour, l'attitude et le geste expriment, intensifient ou même parfois provoquent l'attitude intérieure.

Porté en tête de la procession et répandu autour de l'autel, l'encens évoque tout d'abord l'idée de purification. Dans les pays chauds, on l'utilise volontiers pour chasser les mauvaises odeurs. L'Eglise, elle, lui reconnaît une vertu particulière pour chasser les démons. Avant de faire brûler l'encens sur l'autel le jour de la dédicace d'une église, le pontife le bénit en ces termes : Daignez bénir et sanctifier cet encens, votre créature, afin que toutes les langueurs, toutes les infirmités et toutes les traîtrises de l'ennemi, en sentant son parfum, s'enfuient et s'éloignent de l'homme, que vous avez créé et que vous avez racheté par le sang précieux de votre Fils, pour que jamais il ne soit blessé par la morsure du serpent. Dans ce but, on encense solennellement les cierges de la chandeleur, les cendres au début du carême, les rameaux et, à chaque messe solennelle, les offrandes.

N'est-ce pas à l'opposé de la pauvreté évangélique ?

La réponse la mieux connue et la plus probante vient du Curé d'Ars. Pour lui, rien n'est trop beau pour le Bon Dieu qui se donne à nous dans la sainte messe et il aimait comparer la beauté de tout ce qui relève de la liturgie avec la modestie et la pauvreté du train de vie du fidèle et du prêtre. Une belle chasuble dorée va bien sur une soutane élimée et usée, disait-il. Péguy a de belles pages sur le luxe pour Dieu, comme on disait à Cluny sans rien de péjoratif.

Pourquoi ce déploiement ?

 

En instituant les sacrements, Notre-Seigneur n'a pas déterminé dans le détail les rites avec lesquels ils doivent être administrés. Il a laissé à la sainte Eglise, mue en cela par l'Esprit saint le soin de déterminer la façon pratique de Le prier et de L'adorer. A travers les siècles, le Saint Esprit a inspiré les apôtres et assisté leurs successeurs dans l'Eglise, pour que soient menés à bien l'explicitation du dépôt révélé par le développement dogmatique et le perfectionnement du culte par le déploiement liturgique.
Pour l'accomplissement d'un culte en esprit et en vérité et pour exprimer au mieux ses sentiments les plus délicats, l'Eglise, qui est l'épouse du Christ, n'a pas cessé au cours des siècles d'enrichir sa prière et de perfectionner l'expression de son adoration.

Penser que la messe est trop compliquée pour les simples fidèles, c'est mépriser ceux-ci et les juger inaptes à l'instruction ; c'est oublier surtout la présence du Saint-Esprit qui éclaire leur intelligence et leur révèle les splendeurs de cette liturgie, tout humbles et simples qu'ils puissent être. La liturgie de la messe est une théologie en gestes et en images qui illumine les intelligences et fait exulter les cœurs. La laisser s'appauvrir, c'est créer un grave détriment pour la vie surnaturelle.

Pourquoi le prêtre tourne-t-il le dos aux fidèles ?

 

L'histoire de la liturgie montre que la coutume n'a jamais été, ni dans l'Eglise d'Orient ni dans l'Eglise d'Occident, de célébrer face au peuple, mais de célébrer en se tournant vers l'Orient pour prier.
Cette coutume de la prière orientée est immémoriale. Elle avait cours déjà chez les juifs qui priaient en direction de Jérusalem.
Dans l'Eglise primitive, pour le repas de l'agape qui précédait l'eucharistie, les participants étaient assis à des tables (ou étendus sur des divans selon le schéma des repas antiques), mais pour la célébration de la sainte eucharistie, ils se levaient et se plaçaient derrière le célébrant qui se tenait à l'autel tourné vers l'Orient, parce que le soleil levant est le symbole du Christ, ainsi que le chante Zacharie dans le Bendictus, Oriens ex alto.

La messe est un sacrifice sous la forme d'un repas, sans que l'aspect du repas n'exclue celui du sacrifice. Dans toutes les religions, les sacrifices sont des repas, mais des repas sacrés. De plus, alors qu'à la sainte Cène du Jeudi-Saint le Christ était présent de manière visible, ici, à la messe, sa présence demeure relative à celle du Christ du ciel dont nous attendons la manifestation. Comme les Hébreux avant la sortie d'Egypte mangèrent debout, les reins ceints l'agneau pascal, au cours du saint Sacrifice nous sommes debout, tournés vers le Seigneur qui vient et non plus assis comme les apôtres, autour du Seigneur présent visiblement.

Summorum Pontificum cura (en latin, « La sollicitude des Souverains Pontifes ») sont les premiers mots d'une lettre apostolique sous forme de motu proprio, annoncée de longue date et finalement publiée le 7 juillet 2007 par le pape Benoît XVI, dont l'objet est de redéfinir le cadre juridique de la célébration de "la forme extraordinaire du rite romain", c'est-à-dire du rite tridentin, dans la liturgie.

Son principal effet pratique est d'inscrire la célébration de la messe traditionnelle dans le cadre normal de la vie liturgique : « le prêtre n’a besoin d’aucune autorisation » (Art. 2) pour une célébration privée. Au niveau d'une paroisse, la décision de la faire célébrer ou non revient naturellement au curé (Art. 5).

Le motu proprio Summorum Pontificum

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Par le motu proprio Summorum Pontificum, publié le 7 juillet 2007, texte d'environ quatre pages, accompagné – fait inhabituel – d'une lettre pastorale adressée aux évêques, le pape Benoît XVI et l'Église donnent un cadre canonique à l'usage du rite tridentin.

Le pape définit qu'il n'existe qu'un seul rite romain, dont deux formes peuvent légitimement être employées au sein de l'Église : la « forme ordinaire » (forme canonique) (qui est à présent le missel publié en 2002 par le pape Jean-Paul II, troisième édition typique du missel romain rénové par Paul VI), et une « forme extraordinaire », la sixième édition typique (publié en 1962 par le pape Jean XXIII) du missel initialement réformé en 1570, dont le motu proprio définit les conditions d'utilisation légitime. Ces formes sont les « deux mises en œuvre de l'unique rite romain ».

Les dispositions présentées dans cette lettre poursuivent la logique des textes antérieurs Quattuor abhinc annos et Ecclesia Dei, que le motu proprio remplace explicitement, tout en leur apportant une réelle inflexion : alors qu'en 1984 et 1988 l'usage du missel de 1962 n'était qu'une tolérance par rapport à la norme, en 2007, l'usage de la « forme extraordinaire » est désormais de plein droit, tout en étant réglementé.

La principale disposition intéressant les fidèles attachés aux formes traditionnelles de la liturgie romaine est celle de l'article 5 : « Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la Messe selon le rite du Missel romain édité en 1962. » Par cette disposition, la célébration de la forme extraordinaire est désormais à la disposition du curé (ou du recteur du lieu), alors qu'elle était réservée à l'évêque par les textes antérieurs. Si le curé ne peut répondre à la demande, il doit alors s'adresser à l'évêque qui se devra de proposer des solutions pour la permettre. Ceci étant, l'évêque reste de droit le modérateur de la liturgie sur son propre diocèse, et conserve son autorité à ce titre. Les catholiques attachés à la forme liturgique tridentine peuvent ainsi demander à ce que baptêmes, mariages, enterrements et confirmations se déroulent comme avant les réformes postérieures au IIe concile œcuménique du Vatican (1962-1965).

En dehors du cadre public des célébrations paroissiales, tout prêtre peut célébrer la messe « en l'absence de peuple » (sine populo) selon la forme rituelle de son choix, sans qu'aucun indult ne soit plus nécessaire (art. 2).

Le motu proprio traite donc de deux points de droit qui étaient chers aux discours traditionalistes : d'une part, il reconnaît que la réforme liturgique n'a jamais abrogé le missel précédent, qui est donc resté et reste utilisable de plein droit dans l'Église latine ; d'autre part, il modifie les conditions établies depuis l'indult Quattuor abhinc annos de 1984 et le motu proprio Ecclesia Dei de 1988 : désormais, tout prêtre de rit latin peut utiliser ce missel sans avoir besoin d'une permission du Siège apostolique ou de son Ordinaire lorsqu'il célèbre la messe « en l'absence d'assemblée ».

Tout clerc dans les ordres sacrés a également le droit d’utiliser le Bréviaire romain promulgué par Jean XXIII en 1962 pour la récitation de l'office divin.

Enjeux pastoraux internes

Cette redéfinition de l'usage de la messe en latin fait craindre à certains l'apparition d'un biritualisml e, découlant de la possibilité offerte aux fidèles de choisir, en matière de liturgie, entre les deux rites, incarnant deux visions de l'Église fort différentes, sinon opposées. « Deux craintes s'opposaient plus directement à ce document », et la longue introduction du motu proprio, ainsi que la lettre d'accompagnement, sont destinées à les dissiper :

  • D'une part, il y est nettement affirmé que la norme reste le missel de PauVI, et que rien n'est remis en cause par rapport à l'enseignement du concile de Vatican II (notamment sur la réforme liturgique). « Le nouveau Missel restera certainement la forme ordinaire du rite romain, non seulement en raison des normes juridiques, mais aussi à cause de la situation réelle dans lesquelles se trouvent les communautés de fidèles. »
  • D'autre part, « Il n'y a aucune contradiction entre l'une et l'autre édition du Missale Romanum. » Les deux formes liturgiques doivent être reconnues comme une même « lex credendi », et comme deux formes légitimes de la « lex orandi », l'une étant la forme ordinaire de l'Église catholique de rite latin, l'autre une forme extraordinaire, « honorée en raison de son usage vénérable et antique. »

En même temps, la lettre encourage les fidèles de rite romain à redécouvrir leurs traditions liturgiques. Ainsi que le précise Benoît XVI, la remise à l'honneur de la pratique liturgique traditionnelle répond aussi à une préoccupation pastorale interne : « il est apparu clairement que des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle, et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement. » Par ailleurs, il renouvelle les critiques déjà formulées par Jean-Paul II sur les dérives liturgiques modernes : « en de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel ... cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. » Il appelle en conséquence à ce que « dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, [soit] manifestée de façon plus forte que cela ne l'a été souvent fait jusqu'à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. »

Ecclesia Dei adflicta sont les premiers mots d'un motu proprio promulgué par le pape Jean-Paul II le 2 juillet 1988 et en vigueur jusqu'au 13 septembre 2007 date à laquelle le Motu proprio Summorum Pontificum l'a remplacé.

 

Selon ce motu proprio :

« À tous les fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine, je désire aussi manifester ma volonté — à laquelle je demande que s'associent les évêques et tous ceux qui ont un ministère pastoral dans l'Église — de leur faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations. »

La commission Ecclesia Dei

À la suite de ce motu proprio est mise en place la Commission pontificale « Ecclesia Dei » qui veille à l'organisation des communautés catholiques traditionalistes dans le monde, particulièrement en France et en Amérique latine.

C'est ainsi que sont dites « communautés Ecclesia Dei » la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, ou l'Institut du Bon-Pasteur, mais aussi des monastères bénédictins tel l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux ou abbaye Notre-Dame de Fontgombault ou encore des communautés religieuses dominicaines, augustiniennes ou diocésaines. Ces communautés acceptent les conclusions du concile Vatican II, notamment en matière d'ecclésiologie, et reconnaissent l'autorité pontificale, dont elles dépendent parfois directement, mais bénéficient d'une dispense quant à la liturgie employée dans leurs célébrations.

Les dispositions de ce texte concernant l'usage du rite tridentin ont été remplacées par celles du motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, entré en vigueur le 14 septembre 2007.

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