Mi-Carême 2020

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PAX

Chers animateurs, membres et amis du CSM,

Une quarantaine peut en cacher une autre !

                Qui ne connaît cette mise en garde au passage à niveau des chemins de fer : « Attention : un train peut en cacher un autre ! » ? Oui, qui aurait pu prévoir lors du mercredi des Cendres que moins de trois semaines plus tard nous entrions dans une autre quarantaine ?

Certes on ne nous a annoncé que 15 jours de confinement, mais au regard de ce qui se passe en Chine et en Italie, il serait fort surprenant qu’il ne soit pas prolongé et ne se transforme en une véritable quarantaine de jours !

15 jours, c’est assez supportable, mais 40 jours, c’est autrement plus long et difficile à vivre constamment confiné chez soi et surtout sans aucun secours des sacrements ! Même le jour de Pâques, vous ne pourrez avoir la messe et « faire vos Pâques »… du jamais vu à l’échelle mondiale ! C’est pourquoi je me suis décidé à vous envoyer cette lettre de mi-carême afin de vous soutenir dans cette longue marche dans ce désert sacramentel !

 

Cela dit, je pense que cette épreuve peut être bénéfique spirituellement car ce jeûne sacramentel pourra vous faire prendre conscience de l’importance des sacrements dans votre vie… « en négatif » car il faut parfois être privé d’une chose ou même d’une personne pour en réaliser à quelle point elle est primordiale dans notre vie.

 

De plus, pour ceux qui ne seraient pas vraiment entrés dans le Carême, voici une deuxième chance inespérée… car ce confinement aura pour effet positif, si vous le voulez bien, de vous recentrer sur l’essentiel, sur votre famille et sur Dieu !

Ce qui est tout de même bien triste, c’est de constater que l’on est prêt à faire beaucoup pour la santé de notre corps, mais si peu pour la santé de notre âme ! Quel dommage que notre amour de Dieu soit si peu moteur dans notre vie !

L’union fait la force !

       Pour bien profiter de ce temps très particulier que le Bon Dieu nous donne de vivre, je crois qu’il faut l’accepter et l’offrir de tout son cœur ! Quand on est vraiment convaincu de la nécessité de certaines mesures, alors on les accepte beaucoup mieux. Sans vouloir en rajouter sur le bien-fondé ou non des mesures prises par notre président, je pense tout de même qu’elles sont loin d’être stupides ou inutiles. J’en ai pris personnellement conscience en lisant le compte rendu d’un de nos pères qui fait actuellement ses études à Rome, car la situation dans le nord de l’Italie (donc tout près de la France) est vraiment critique. Je me permets de vous citer juste un extrait de sa lettre :

« Mais voilà, à une vitesse incroyable la bébête a monté, monté, tué, tué…, au point qu’à ce jour l’Italie elle seule totalise un tiers des morts recensés dans le monde — 2200 ou plus quand vous lirez, sur plus de 7000 — et aura bientôt 30 000 contaminés. Il faut réaliser que les cas sont tellement concrets et fréquents que la population est vraiment marquée et a peur. Il devient relativement fréquent d’entendre des personnes qui ont perdu des proches, parfois plusieurs dans la même famille. Tous les jours, ce sont jusqu’à une dizaine de pages de notices nécrologiques dans les journaux locaux ; dans le nord, certaines morgues n’ayant plus de place, les cercueils s’alignent dans l’église ; les hôpitaux sont débordés, le personnel sanitaire sur les rotules. À certains endroits, ils semblent qu’ils laissent mourir les vieux, faute d’arriver à tout gérer.

               Par bonds, les mesures sont devenues de plus en plus drastiques, comme partout maintenant : limitation des sorties puis réclusion domiciliaire pour tous, fermeture de certains commerces et services, couvre-feu temporaire pour certains, puis fermeture de tous les magasins sauf l’essentiel, etc., le tout avec poursuites et amendes, voire prison, en cas de désobéissance.»

Loin de vouloir jouer au scénario catastrophe, je pense qu’il faut être conscient qu’à certains endroits cela peut devenir vraiment très grave, et donc que les mesures prises par notre gouvernement et plusieurs autres sont vraiment justifiées si l’on veut éviter que cela se transforme partout comme en Italie du nord !

Et puis, je trouve très beau que toute une nation puisse faire de gros sacrifices pour sauver la vie des plus faibles, en particulier des personnes âgées. Il y a là une connotation profondément chrétienne et il serait donc plus que normal que ce soient les chrétiens qui montrent les premiers l’exemple et qui se dévouent dans cette solidarité nationale ! C’est là aussi une façon d’incarner notre amour de la France, non ?

 

Une bonne initiative de nos évêques

     C’est pourquoi je vous invite à suivre la belle initiative de nos évêques pour la fête de l’Annonciation, le 25 mars prochain ! Cet appel à la solidarité entre tous les français, catholiques ou non, me semble une bonne initiative !

Oui, l’Église doit être présente dans cette épreuve nationale et apporter une vraie réflexion, c’est à Elle d’éclairer les nations. Bref, vous trouverez ce texte ci-joint Message des Evêques de France, n’hésitez pas à le faire connaître.

Don Andrea, qui est l’aumônier de l’équipe d’Aix et qui est italien, me disait qu’en Italie il existe une solidarité très touchante : par exemple, des pizzas sont confectionnées par des familles et envoyées dans les hôpitaux pour les malades et les soignants. Autre exemple : comme il n’y a pas assez de masques dans les hôpitaux, des femmes en cousent chez elles et les-y envoient ensuite !  De même, notre Père à Rome précédemment cité disait :  Dans tout ça, les Italiens sont toujours aussi sympas, et des petits rites se sont installés : depuis les balcons, à des heures convenues, il y a les applaudissements pour le personnel sanitaire, le chant de l’hymne national, des coups de gueule dans le genre « on les aura ! », etc.

        À chacun donc de voir comment faire pour mettre en place cette solidarité et se soutien mutuel ! Si c’est possible en Italie, pourquoi pas en France ?

 

Ne pas subir !

        Plusieurs d’entre vous m’ont demandé comment faire face à ce confinement qui risque d’être très long.

Je crois qu’il faut surtout ne pas subir ! Rappelez-vous de ce principe essentiel : « Quand on ne choisit pas dans la vie, la vie choisit pour nous… » Oui, il faut faire des choix, et pour cela il vous faut de la détermination afin d’organiser vos journées !

C’est le moment ou jamais de faire une Règle de Vie, autrement dit de faire une liste de tout ce qu’il est important de mettre en place dans vos journées :

Prière : matin, soir, oraison, chapelet, messe ou offices par internet. En profiter pour (re)mettre des prières familiales à l’honneur.

Travail : scolaire par internet (ce n’est pas les vacances…)  ou professionnel par télétravail.

Formation : Site du CSM  (nombreuses vidéos, 100 conférences, 116 plaquettes diverses, etc)

Lecture : spirituelle, de formation (historique, apologétique, doctrinale, etc.)… en profiter au max.

Activité physique : promenade (avec ou sans le chien…), sport (très important tant physiquement que psychiquement), bricolages ou jardinages, etc. !

En famille : Organiser des activités communes, en profiter pour parler en profondeur avec les uns et les autres (contact perso), chapelet ou autres prières familiales.

Contact (téléphone ou internet) avec les autres membres de la famille ou amis : ne laisser personne seul, surtout avec le virus !

Afin de lutter contre l’oisiveté et l’abrutissement devant la télé ou l’ordi. (films, jeux, séries américaines, etc.), je vous conseille fortement de faire tous les soirs un programme de la journée du lendemain afin de mettre bien en place tous les points qui composent votre Règle de Vie !

La force des moines consiste précisément dans leur Règle, qui organise toutes leurs activités dans la journée ! En matière de confinement, nous sommes des professionnels et cela depuis des siècles ! Alors imitez-nous et vous découvrirez la joie de la vie monastique, qui est une vie communautaire au service de Dieu et de nos frères !

 

Comment faire quand on ne peut assister à la messe ?

        Tout d’abord, il me paraît important de rappeler le devoir de sanctification du dimanche qui fait partie du Décalogue. L’Église a précisé, dans l’un de ses commandements, que cette sanctification du dimanche consistait essentiellement à participer à la messe dominicale.  Or, quand on ne peut assister à la messe un dimanche pour une raison valable, il reste toujours le commandement de sanctifier le jour du Seigneur. Vous vous trouvez donc dans ce cas-là ! Voici donc ce que je peux vous suggérer pour sanctifier le dimanche :

        1) Suivre la messe :

soit en lisant dans votre missel les textes du jour ainsi que l’ordinaire

soi, encore mieux,t en regardant (ou écoutant) via internet, une messe filmée en vous unissant spirituellement à elle. Vous trouverez une liste importantes de messes selon la forme extraordinaire sur notre site www.barroux.org

Je précise que nos messes (dimanche et semaine) sont maintenant toutes enregistrées et écoutables sur l’application de notre site. En guise de sermon dominical, vous trouverez sur le site du CSM la conférence de carême que j’ai donnée dans l’Église de l’Institut du Christ-Roi à St Germain, le 8 mars dernier. Le thème était la Gourmandise et la Luxure.

        2) Faire une communion spirituelle : cela est très important !

Mais qu’est-ce au juste qu’une communion spirituelle ? Dans le langage des auteurs spirituels modernes, l’expression « communion spirituelle » est parfaitement claire. Elle désigne l’union de l’âme à Jésus-Eucharistie, réalisée non par la réception du sacrement, mais par le désir de cette réception. « Communier spirituellement », c’est s’unir à Jésus-Christ présent dans l’eucharistie, non pas en le recevant sacramentellement, mais par un désir procédant d’une foi animée par la charité (DTC, art. Communion spirituelle, col. 572-573).

C’est ce que dit St François de Sales : « Mais quand vous ne pourrez pas avoir ce bien de communier réellement à la sainte messe, communiez au moins de cœur et d’esprit, vous unissant par un ardent désir à cette chair vivifiante du Sauveur » (Introduction à la vie dévote, chap. 21). Lors de cette communion spirituelle, il est donc bon de s’unir spirituellement à l’une des messes qui se célèbrent actuellement dans le monde.

        Cependant ce désir de communier ne suffit pas, car de même que nous ne pouvons communier sacramentellement sans être en état de grâce, de même nous ne pouvons faire vraiment une communion spirituelle sans être également en état de grâce. Ce qui veut dire que les fruits que nous attendons de cette communion spirituelle ne pourront être effectifs que si nous sommes en amitié avec Dieu. D’où l’importance de la confession même pour une communion spirituelle, si du moins nous avons un péché grave sur la conscience.

 

Comment faire quand on ne peut plus se confesser ?

        C’est évidemment la question que vous pouvez vous poser par les temps qui courent… Eh bien, tout d’abord, essayer de trouver un prêtre qui peut vous confesser et le moyen de vous rendre à lui, la loi du salut des âmes est la loi suprême !

Si, par contre, il ne vous est vraiment pas possible de vous confesser, sachez alors qu’il est toujours possible que le Bon Dieu pardonne vos péchés, y compris mortels ! Heureusement, car sinon cela voudrait dire que toute personne ayant commis un péché mortel et n’ayant pu se confesser avant sa mort, irait automatiquement en enfer.

Il vous suffit (si je puis dire…) de faire un acte de contrition parfait ! Autrement dit, de dire de tout votre cœur l’acte de contrition que vous dites quand vous vous confessez. Est-ce aussi simple, me direz-vous ?

Oui, mais pour que cet acte de contrition soit parfait, il faut le faire vraiment par amour de Dieu, et c’est là où est toute la difficulté ! En effet, il faut regretter vos péchés non pas tant par peur de l’enfer ou par amour-propre (on est déçu de soi) que par amour véritable de Dieu, autrement dit il faut poser un acte d’amour parfait !

Cela est possible, mais vous comprenez qu’il n’est pas facile de savoir si cet acte d’amour de Dieu est vraiment parfait, c’est pourquoi il faut toujours se confesser après « par sécurité » car avec la confession, on est certain que tous nos péchés sont effacés. D’où l’importance de la confession sacramentelle.

 

En bref, la situation actuelle est un appel à grandir en sainteté afin de pouvoir faire des communions spirituelles fructueuses, en état de grâce, et en cas de péchés graves de les voir effacés par un acte authentique de contrition parfaite.

Pour vous aider à faire une communion spirituelle, vous trouverez une très belle prière à Notre-Seigneur  Prière pour faire une communion spirituelle  qu’il serait donc bon de réciter au moment de la communion quand vous regarderez ou écouterez une messe retransmise.

Oui, faisons de ce temps exceptionnel un temps de conversion, de prière familiale, de charité renouvelée envers Dieu mais aussi envers nos proches. Soutenons-nous les uns les autres ! Ne subissons pas, mais organisons nos journées pour le meilleur et non le pire.

 

Et vous, les moines ?

        Ici, un grand silence s’instaure : les chantiers se sont arrêtés, l’église est vide, l’hôtellerie est déserte… mais le Bon Dieu demeure ! Mais voilà, un virus s’est introduit dans la communauté… et c’est l’hécatombe ! De nombreux frères sont touchés ! Nous ne savons si c’est le fameux coronavirus, car il ne faut pas oublier qu’il existe bien des sortes de virus ! Mais rassurez-vous, il n’y a pas de cas graves et les malades se remettent petit à petit.

 

Afin de lutter contre le virus, soutenir tous les malades, les personnes mourantes, et vivre à plein ce temps particulier que le Bon Dieu nous donne de vivre, je vous propose de réciter tous les jours la prière ci-jointe Prière par les temps qui courent. N’ayant pas trouvé de prière correspondant bien à notre situation, je me suis lancé dans la rédaction de cette prière, vous pouvez bien sûr la modifier si vous le voulez. L’important est qu’elle puisse exprimer nos désirs et que nous la disions avec ferveur. Prions surtout pour toutes ces personnes qui meurent de ce virus seules, sans pouvoir recevoir la visite ni de leur famille ni d’un prêtre !

 

Voilà, chers amis, restons bien unis par l’amitié et la prière afin que nous ressortions tous grandis de cette épreuve, ainsi que notre chère Patrie ! Soyons forts de notre Foi ! En vous redisant toute mon affection sacerdotale et en priant pour chacun d’entre vous afin que Dieu vous bénisse, vous protège, ainsi que vos familles !

Votre Fr. François de Sales O.S.B.

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