Mercredi des Cendres 2019

+

PAX

 

          Chers animateurs, membres et amis du CSM,

 

Avez-vous lu Le Pari bénédictin ?

            Je parie que non ! Et pourtant ce livre est des plus percutants car très réaliste sur la situation actuelle, et prophétique ! Avez-vous déjà essayé de vous projeter dans l’avenir ? Dans les dix, vingt ou trente ans à venir ? Certains et surtout certaines ont essayé, et en ont été effrayés ! À tel point qu’une jeune maman m’a dit que cette vision lui donnait carrément l’envie de ne pas avoir d’enfant car, « si c’est pour mettre au monde des enfants dans une société encore bien pire que la nôtre, franchement ce n’est pas un cadeau à faire à mes enfants ».

 

Quel rapport avec les bénédictins ?

            Eh bien, c’est tout simplement que St Benoît a connu, au VIe siècle, un contexte social et politique similaire. Face à la montée de la barbarie qui dévastait le monde romain en pleine décadence, St Benoît édifie la vie monastique, qui, grâce à ses principes civilisateurs, permettra peu à peu de reconstruire une civilisation chrétienne, à tel point que l’on pourra dire que ce sont les moines qui firent l’Europe !
Telle est la ligne directrice de l’auteur de ce livre, Rod Dreher, d’où le sous-titre de ce livre : « Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus ». Cet écrivain américain profondément chrétien et conservateur s’est inspiré grandement de Benoît XVI, qui avait déjà prédit il y a longtemps un monde dans lequel l’Église vivra en « petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiront selon leur foi ». (Le Sel de la terre, 1976, p. 214). Plus tard Benoît XVI développera encore cette idée :  « Étant donné qu’il existe une culture hédoniste qui veut nous empêcher de vivre selon le dessein du Créateur, nous devons avoir le courage de créer des îlots, des oasis, puis de grands terrains de culture catholique, dans lesquels vivre le dessein du Créateur » (Rencontre avec les jeunes du diocèse de Rome, jeudi 6 avril 2006).

 

Quelle est cette nouvelle barbarie ?

            Benoît XVI déclara en 2012 que la crise spirituelle que traversait notre culture était la plus grave depuis la chute de l’Empire romain. La décomposition de la famille naturelle, la perte des valeurs morales traditionnelles, la fragmentation des communautés, l’invasion de l’islam… ces évolutions nous ont troublés, mais nous avons cru peut-être qu’elles étaient réversibles. Aujourd’hui nous devons constater que nous avons perdu sur tous les fronts, et que les flots incessants du sécularisme libertaire et de l’islam conquérant ont débordé nos fragiles barrières et nos pauvres résistances ! Si vous en doutez, lisez alors  le dernier livre du Père Joël Guibert : L’Heure est venue.

 

Quelle fut l’attitude de l’Église face à ce raz de marée ?

             Rod Dreher fait remarquer que malheureusement nos églises n’ont pas su opposer une digue forte à ce raz de marée et que les brèches ont été nombreuses. Elles sont devenues des lieux tiédis par un sécularisme rampant, au point que le « christianisme » qu’on y prêche a perdu tout pouvoir et toute vitalité. C’est le « vivre ensemble » qui semble être le plus important. Beaucoup de jeunes adhèrent à une « pseudo-religion molle » qui revient à dire que l’important est l’estime de soi, le bonheur et l’équilibre perso et bien sûr la bonne entente avec les autres.
Certes, St Jean-Paul II et surtout Benoît XVI ont fait un travail remarquable pour consolider la Foi dans l’Église catholique, et toute une jeune génération de prêtres se lève dans leur sillage, mais les ravages furent considérables et le demeurent encore aujourd’hui en bien des endroits.
Comment ne pas penser en ce moment à tous ces scandales pédophiles ? Cependant les études sur l’ensemble de ces cas ont montré que la grosse majorité remonte précisément à l’après-Concile, où toute la morale traditionnelle était remise en cause par le clergé lui-même. Le relativisme était de mise non seulement pour la Foi mais également pour la morale ! Cela dit, attention à la manipulation des médias, aussi n’hésitez pas à lire la plaquette du Chapitre « L’Église est-elle coupable de pédophilie ? » sur le site du Chapitre.

 

Que faire face à ce raz de marée général ?

             La culture relativiste ambiante est une force de dissolution trop puissante pour que les individus et les familles puissent y résister par eux-mêmes, d’où le pari bénédictin ! Celui-ci consiste essentiellement à construire des communautés, des institutions, un réseau de résistance qui saura se montrer plus fin que l’occupant, lui survivre et enfin le déloger ! Il faut donc former une contre-culture ambiante en se recentrant sur la famille, construire des églises, des monastères, des écoles, des mouvements dans lesquels la foi chrétienne pourra survivre et s’épanouir pendant le déluge.
Nos Chapitres entrent précisément dans ce pari bénédictin, car ils sont non seulement de petits îlots de chrétienté où les jeunes peuvent se soutenir, se former et prier ensemble, mais ils sont aussi des bases de lancement  apostoliques !  Il ne s’agit donc pas de se replier dans des blockhaus, mais d’établir des bases de repli pour mieux repartir à l’assaut.
Mais permettez-moi de vous poser une question : avez-vous vraiment le souci des âmes ? Avez-vous vraiment le désir d’aller les chercher pour leur faire découvrir ces mini-chrétientés que sont nos Chapitres ? Notre force apostolique réside précisément en ces mini-chrétientés où les âmes peuvent découvrir autre chose que la barbarie dans laquelle elles vivent, mais encore faut-il aller les chercher et le leur proposer !
Pour être enflammé de cet amour des âmes, il faut connaître le prix que Notre-Seigneur a payé pour chacune d’entre elles pour cela je vous invite fortement à lire le très beau texte de Dom Placide de Roton, « L’Homme des douleurs ».

Jésus est chargé de sa Croix

Quel rapport avec le thème de l’année ?

             Bonne question ! Quel rapport y a-t-il donc entre Jésus-Christ (thème de l’année, pour ceux qui l’auraient oublié…) et le pari bénédictin ? Eh bien, simplement que toute la force de la Règle de St Benoît réside dans le Christ, qui en est le fondement.
St Benoît dit explicitement qu’il veut établir une école du service du Seigneur. Certes, comme le disait Dom Gérard, « les moines ont fait l’Europe, mais ils ne l’ont pas fait exprès… », ils ont voulu surtout se mettre à l’écoute et à la suite de Jésus-Christ. Dès le début de sa Règle, St Benoît dit que le but est de s’unir au Christ, et il conclut ainsi : « Ils ne préfèreront absolument rien au Christ, lequel daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle. »
             Pour St Benoît, le Christ est le Roi sous l’étendard duquel le moine combat. Il a comme moyen le Christ Lui-même face aux attaques du diable et aux pensées mauvaises  : « Il saisit les premiers rejetons de la pensée diabolique et les brise contre le Christ. »
             Le Christ se cache en tout être humain, de ce fait le moine reconnaît en son Abbé, dans les malades et les hôtes, la personne du Christ : « Tous les hôtes qui surviennent au monastère seront reçus comme le Christ. » Ce qui n’est pas toujours facile pour le Père Hôtelier, je l’avoue !

 

Et le carême dans tout cela ?

             Eh bien, précisément ce temps liturgique est le plus approprié pour faire notre pari bénédictin ! Ouvrons les yeux : le pari bénédictin, c’est maintenant ! La Barbarie n’est pas à notre porte… nous y sommes en plein !
Rod Dreher affirme en effet que « le pari bénédictin ne consiste pas à échapper au monde réel, mais à regarder ce monde en vérité et à y vivre. C’est s’inspirer des vertus contenues dans la Règle et changer la façon qu’ont les chrétiens de voir la politique, l’Église, la famille, la communauté, l’éducation, le travail, la sexualité et la technologie ».
             Le pari bénédictin est donc avant tout un appel à la conversion personnelle car, au-delà de toutes ces mises en œuvre, le souci principal de l’auteur est la conversion des âmes ! Cela est vraiment bénédictin, car St Benoît n’a jamais eu d’autre volonté en fondant la vie monastique que de conduire les âmes au Ciel, puisque là réside notre vraie Patrie !
Or cet appel à la conversion personnelle, n’est-ce pas précisément ce que nous propose ce saint temps du Carême ? Aussi je vous propose, pour mettre celle-ci en pratique, un « billet de Carême » ! De quoi s’agit-il ?
Au début du Carême, les moines remplissent un « billet de carême » qui est en quelque sorte une liste de résolutions inspirée du Chapitre de la Règle sur le Carême. Je vous rassure, le billet que je vous propose est adapté pour vous afin que vos résolutions soient applicables dans le monde.
Comme prière particulière, vous trouverez ici celle pour l’Europe, dans laquelle on prie St Benoît de nous sauver de la Barbarie, cela pourra également être bien utile pour les prochaines élections européennes. Vous avez également beaucoup de très belles prières dans le carnet de camp du Chapitre.
Comme lecture, est-ce la peine de vous suggérer Le Pari bénédictin ? À moins que vous ne préfériez un livre sur Jésus-Christ, comme par exemple L’Imitation de Jésus-Christ (traduit  par  Lamennais), et L’Évangile de Jésus (vie de Jésus à partir des 4 évangiles en un seul) par Mgr Galbiati.

    

            Chers amis, entrons donc avec ferveur dans ce temps du Carême afin de mettre en œuvre dès maintenant ce pari bénédictin ! Un des fruits de ce pari dans nos Chapitres, se réalisera avec le baptême d’un jeune qui a fait le camp d’été avec le Chapitre St-Lazare ! Touché profondément par la grâce et la mini-chrétienté dans laquelle il a vécu pendant trois semaines, il a demandé le baptême à l’un des aumôniers du camp. Vous êtes donc cordialement invités à prier pour Keni Povataj qui sera baptisé par le chanoine Côme Montjean dans un an, à Pâques 2020.
Ainsi, comme nous le dit St Benoît, « nous attendrons la Sainte Pâque avec l’allégresse du désir spirituel ».

En attendant de nous revoir prochainement pour le WE du Chapitre les 16 et 17 mars, restons bien unis par la prière. Soyez sûrs de la mienne à ma messe quotidienne, pour vous-mêmes, vos équipes, vos familles, et pour toutes vos intentions, qui me sont également bien chères !

Que Jésus-Christ nous bénisse en cette entrée en Carême !

 

Votre Fr. François de Sales O.S.B.
+                             

Laisser un commentaire