Chers Animateurs, membres et amis du CSM,

Allez-vous lire cette lettre ? 

        Telle est la question que je me pose parfois avant d’écrire ces lettres de l’Avent ou de Carême ! Oh, je sais combien votre vie peut être mouvementée et le nombre impressionnant de messages que vous pouvez recevoir par jour ! Oh, je ne doute pas non plus de votre bonne volonté, car sinon vous ne continueriez pas à recevoir cette lettre. Oui, vous seriez certainement désireux de la lire, mais voilà… il faut faire un choix !

        Alors permettez-moi de vous aider ! Posez-vous tout simplement la question : quand j’arriverai au Ciel et que je comparaîtrai devant le Bon Dieu, quelle lecture m’aura été profitable, utile, pour le bien de mon âme ? À l’inverse, quelle lecture m’aura fait du mal ou bien m’aura fait perdre un temps précieux, sans parler de la perte de temps considérable sur internet et les réseaux sociaux… Bref, si vous n’avez pas le temps de la lire maintenant, n’hésitez plus à l’imprimer tout de suite pour la lire à tête reposée, sinon vous allez oublier !

Bienheureux ceux qui feront un bon Carême !

        Vous vous en souvenez certainement, du moins on peut l’espérer, que le thème de l’année est « Bienheureux êtes-vous… » autrement dit les Béatitudes ! Or, vous en avez probablement fait l’expérience, un carême raté laisse un certain goût d’amertume alors qu’un bon carême remplit votre âme d’un bonheur authentique. Aussi, pour vous aider à ne pas rater ce carême 2018, je vous propose une béatitude qui soit propre à vous aider efficacement pendant ce temps de conversion !

 

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés !

        Cette béatitude a jailli du cœur de notre Divin Sauveur, et non de la harangue d’un syndicaliste aux accents marxistes. Elle énonce une promesse surnaturelle pour l’âme, non les chimériques affirmations d’un slogan électoral. Écartons d’emblée ces propos revendicateurs, qui parent la jalousie du beau nom de “justice”. Malheureux ces envieux, toujours insatisfaits : ils ne seront jamais rassasiés !

        Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice vraie, dans la volonté de rendre à chacun son droit, ce qui lui est dû. Pour soi, ou comme réalité sociale, politique ; c’est là, selon saint Thomas, “la condition de la paix”, et la norme des relations entre les hommes, “comme principe d’ordre et d’harmonie”.

        Mais nos âmes d’apôtres, si fragiles, ont invinciblement besoin des dons de l’Esprit de Dieu, tout spécialement de la force et de la piété. Submergés par cette marée d’iniquités ou de perversités, ne courons-nous pas l’immense péril de la lassitude, de l’acceptation résignée ? Par pitié ! Ne renonçons jamais à cette “faim”, à cette “soif” de justice !

        Mais il faut monter plus haut. Notre-Seigneur, sur la montagne des Béatitudes, a parlé d’une justice” dans un sens plus large, à savoir celui de la Sainteté : “Cherchez le Royaume de Dieu et sa justice” (Mt 6,33).

        Aurions-nous oublié que nous devons tous chercher, désirer ou demander intensément la sainteté ? “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait” (Mt 5,48). Et pour mieux préciser cette avidité qui doit être nôtre, Jésus montre en exemple “ceux qui ont faim et soif de justice”. Il faut donc très concrètement prendre les moyens de tendre vers cette Justice, cette Sainteté. Le premier moyen est de rechercher la Vérité sans tricher !

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la Vérité !

        “C’est pour rendre témoignage à la vérité que je suis né et que je suis venu dans le monde. Tous ceux qui sont de la vérité écoutent ma voix” (Jean 18,37). Si nous sommes de la vérité, alors écoutons ce que Notre-Seigneur nous dit à travers la voix du cardinal Ratzinger, dans Un chant nouveau pour le Seigneur : la foi dans le Christ et la liturgie d’aujourd’hui (p. 218-221) :

“Il y aurait tant de choses à dire ici, mais je me contenterai de souligner tout particulièrement un point : l’éducation à la vérité. La vérité est souvent éprouvante pour l’homme ; elle est sans doute le moteur le plus puissant pour conduire à l’oubli de soi, à la véritable liberté. Prenons l’exemple de Pilate. Il sait parfaitement que cet accusé, ce Jésus, est innocent et qu’en toute justice il devrait l’acquitter. Il le voudrait aussi. Mais cette vérité entre en conflit avec sa situation ; elle risque de lui amener des ennuis, voire de lui faire perdre son poste. Il pourrait y avoir des émeutes ; il pourrait être mal vu de l’empereur, etc. Aussi sacrifie-t-il plutôt la vérité, qui n’élève pas la voix, qui ne se défend pas, même si la vérité trahie emplit son cœur d’un sentiment diffus de lâcheté. Cette situation se représente sans cesse dans l’histoire : souvenons-nous d’un autre exemple encore, en sens contraire – celui de Thomas More. Comme il paraissait naturel de reconnaître au roi la suprématie sur l’Église ! Aucun dogme explicite ne l’interdisait sans ambiguïté. Tous les évêques l’avaient fait ; pourquoi lui, le laïc, devrait-il mettre sa vie en jeu et entraîner sa famille à sa perte ? S’il ne songe pas à lui même, ne doit-il pas au moins, en pesant le pour et le contre, faire passer les siens avant la rigueur de sa conscience ? Ces cas mettent simplement en lumière, macroscopiquement pour ainsi dire, ce qui se produit sans cesse dans nos vies en petit. Je peux me tirer d’une affaire en faisant une petite concession à la non-vérité. Ou, inversement : accepter les conséquences de la vérité m’amène des ennuis incommensurables. Combien de fois cela se produit-il ? et que de fois ne nous dérobons-nous pas ! Traduite dans la vie quotidienne, la situation dans laquelle s’est trouvé Thomas More se reproduit couramment : beaucoup disent telle chose, pourquoi pas moi aussi ? pourquoi irai-je troubler la paix du groupe ?Pourquoi me rendre ridicule ? La paix de la société ne passe-t-elle pas avant ma prétention à la vérité ? C’est ainsi que la conformité au groupe se mue en tyrannie contre la vérité. (…)

“Je n’hésiterai pas à affirmer que la grande maladie de notre temps est sa pauvreté en vérité. Le succès, l’efficacité l’ont partout supplantée. C’est en apparence seulement que l’abandon de la vérité et la fuite dans la conformité du groupe servent la paix. Une telle communauté est bâtie sur le sable. La souffrance de la vérité est la condition d’une véritable communauté. Il faut l’accepter jour après jour. C’est seulement dans la petite patience de la vérité que nous mûrissons de l’intérieur, que nous nous libérons de nous-même, que nous devenons libres pour Dieu.”

        Pendant ce Carême, à chacun de voir s’il n’y a pas dans nos vies des manquements à corriger pour retrouver cette liberté des enfants de Dieu. Oui, cette recherche de la Vérité nous conduira infailliblement à Dieu en la personne de Notre-Seigneur qui a déclaré : « Je suis la Voie, la Vie et la Vérité » !

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de Dieu !

        En ce début de carême, c’est l’occasion ou jamais de prendre des résolutions concrètes si vraiment nous avons faim et soif de Dieu. Voyons donc quelles sont les « petites » béatitudes que nous pourrions mettre en place pendant ce temps de conversion.

Bienheureux ceux qui ont faim et soif des sacrements.

        Avons-nous vraiment faim de ce “pain de vie” qu’est l’Eucharistie ? si oui, alors voyez s’il n’est pas possible d’y assister en semaine ou du moins de mieux y participer le dimanche. Ayons soif aussi de nous nourrir des textes admirables de nos missels pendant ce temps du carême. Chaque jour, vous avez une épître et un évangile propres !

        N’ai-je pas habitué mon âme à des confessions trop espacées ? mal préparées ? Sans prendre les moyens efficaces pour ne pas recommencer ?

Bienheureux ceux qui ont faim et soif des lectures spirituelles.

        Que de trésors à notre portée ! Que de vies de saints magnifiques : “Les paroles émeuvent, les exemples entraînent” dit justement l’adage. Choisissez un livre pour le carême et soyez y fidèles, en le lisant par exemple tous les soirs pendant 10 mn minimum. Pourquoi ne pas en prendre un sur les Béatitudes, histoire d’approfondir un peu ces fameuses sentences de Notre-Seigneur ? Trois me paraissent très bien : Le Chemin du vrai bonheur (Sagesse d’un chartreux), La Quête du bonheur, du Père Pinckaers et Le Bonheur là où ne l’attend pas, du Père Jacques Philippe.

        Comme livre stimulant spirituellement, vous avez aussi le livre sur la vie de Dom Gérard qui vient enfin de paraître (Dom Gérard, tourné vers le Seigneur, d’Yves Chiron). Vous verrez là un exemple de quelqu’un qui a toujours cherché à rester fidèle à la Vérité (cf. le Cal Ratzinger, ci-dessus), ce qui lui a valu bien des difficultés dans cette crise de l’Église, mais qui finalement a été récompensé magnifiquement par le Bon Dieu. Pour vous donner le goût de lire ce livre sur Dom Gérard, il y a ci-joint un texte que j’ai écrit sur lui, lors de son décès : « La grâce du Père Abbé Dom Gérard ».

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de prière

        L’Oraison tout d’abord. Pour ceux qui l’ont abandonnée, peut-être est-ce le moment de s’y remettre, si ce n’est tous les jours, du moins quelques fois dans la semaine. Et puis, bien sûr, il y a la prière du matin et du soir ainsi que le chapelet. À chacun de voir ce qui est bon de faire comme effort. Autre idée, choisir une prière particulière et la réciter tous les jours, vous en avez de très belles dans le carnet de camp du Chapitre mais je vous en propose également une de St Jean XXIII, intitulée « Décalogue de la sérénité ». Elle est originale et s’harmonise bien avec le thème des Béatitudes et du Carême.

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de pénitence

        Il est sûr que ce n’est pas la Béatitude que nous préférons spontanément et pourtant… nous savons bien qu’elle est indispensable pour le bien de nos âmes. Une vie sans pénitence n’est pas compatible avec le Bonheur promis par Notre-Seigneur « que celui qui veut être mon disciple prenne sa croix et me suive ». Voyez tout d’abord dans vos devoirs d’état (écolier, étudiant, professionnel, familiaux, etc.) ce qui demande à être redressé, et puis l’Église demande que nous jeûnions le mercredi des Cendres et le Vendredi saint, mais pas seulement… il faut aussi s’imposer quelques privations personnelles, comme par exemple : concernant la nourriture (un dessert, friandises), les sorties et les divertissements (films, internet, téléphone, sms, facebook…). Tout ce temps gagné pourra être utilisé à profit pour votre vie spirituelle ou vos lectures. Offrons donc tous ces petits sacrifices généreusement, nous serons surpris au Ciel de voir combien ils ont pu servir au bien des âmes. C’est cela, la corédemption !

Bienheureux ceux qui viendront aux 20 ans du Chapitre !

               J’imagine que vous le savez déjà, nous célébrerons cette année les 20 ans du Chapitre Ste-Madeleine, les 15 ans du Chapitre St-Lazare et les 10 ans du Chapitre Ste-Marthe. Cela fait donc maintenant une génération entière que le Chapitre Ste-Madeleine existe et, de ce fait, parmi les membres actuels se trouvent des enfants des fondateurs de notre mouvement ! Oui, le temps passe mais l’esprit reste le même ; si certains anciens en doutent, alors qu’ils viennent participer à ceWE du 21 et 22 avril, ils ne seront pas déçus ! Ce sera une grande joie de tous nous retrouver à cette occasion et de pouvoir rendre grâce, tous ensemble, au Bon Dieu pour son action au travers de ce Chapitre depuis 20 ans.

               Voilà, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon et saint Carême, élançons-nous avec joie et entrain vers Pâques, que la Sainteté triomphe en ce Carême par l’action, la parole et la prière ! Et puis, comme vous l’aviez certainement deviné, cette lettre de Carême tiendra lieu de texte sur les Béatitudes pour ces mois de janvier et février !

               En attendant de nous revoir pour le WE du Chapitre les 24 (15 h) et 25 (16 h) mars, restons bien unis par la prière. Soyez sûrs de la mienne à ma messe quotidienne, pour vous-mêmes, vos équipes, vos familles, et pour toutes vos intentions, qui me sont également bien chères !

Que le Bon Dieu vous bénisse !

Votre Fr. François de Sales O.S.B.

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